Violences policières à l’égard de demandeurs d’asile soudanais en Egypte - 19/01/06

M. le président ; M. le Commissaire ; Chers collègues ;

- Les évènements tragiques qui se sont déroulés le 30 décembre au Caire, et qui se sont soldés par la mort de dizaines de personnes - 27 selon les autorités égyptiennes, jusqu’à 220 selon d’autres sources - doivent être condamnés avec la plus grande fermeté ; les responsabilités doivent être clairement déterminées :

- D’abord celles des forces de l’ordre égyptiennes, dont la violence lors de l’intervention doit être dénoncée avec la plus grande vigueur ; elles ont malheureusement la réputation de faire usage, de manière excessive et systématique, de la violence ; de nombreuses manifestations, pendant les campagnes électorales, ont été violemment réprimées ;

- Le HCR a également sa part de responsabilité ; d’abord en laissant la situation s’envenimer ; ensuite en ayant un langage ambigüe voire des propos contradictoires sur le statut des personnes soudanaises - il suffit de lire les échanges de courriers entre le bureau du HCR au Caire et les autorités égyptiennes pour le constater ; et enfin en demandant l’intervention directe des autorités égyptiennes, prenant ainsi le risque de débordements ;

- Il ne faut pas perdre de vue, non-plus, l’impasse dans laquelle se sont retrouvés les acteurs de cette tragédie ; Suite à la signature d’un accord de paix, le 26 mai 2004, au Soudan, l’ensemble des programmes de réinstallation ont été arrêtés ; alors même que la situation au Soudant reste très instable comme l’attestent de nombreux rapports dont celui récent de Human Rights Watch ;

- Les Etats refusant d’accueillir ces personnes, pour la seule raison qu’un accord de paix a été signé ont donc également leur part de responsabilité ; Nous ne pouvons pas demander à l’Egypte, qui accueille déjà entre 2 et 3 millions de soudanais, dont 27 000 enregistrés auprès du HCR, d’accueillir tous les réfugiés de ce pays.

- Pour l’ensemble de ces raisons, il me semble important qu’une commission d’enquête indépendante soit créée afin d’établir l’ensemble des responsabilités et de dresser un bilan définitif de cette tragédie ;

- Il est également important que les autorités égyptiennes libèrent l’ensemble des soudanais encore détenus, s’abstiennent de toute expulsion et donnent libre accès aux représentants du HCR afin d’examiner leurs demandes ; Ils doivent également fournir toute l’aide sociale, psychologique et matérielle aux victimes et familles des victimes et leur proposer des mesures de réparation ;

- Il est tout aussi important que cette tragédie soit replacée dans le contexte de la politique générale d’asile et d’immigration ; nous ne pouvons pas refuser asile à des personnes qui sont en danger dans leur pays ; Il ne s’agit pas là d’une affaire egypto-soudanaise, tout comme Ceuta et Melilla n’était pas une affaire maroco-espagnole ; Cette tragédie est un exemple supplémentaire de l’impasse des politiques actuelles en matière de migration et d’asile ; pour cette raison, je ne peux que plaider pour la tenue rapide de la conférence Euro-Africaine sur les migrations ;

 

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