Rapport de mission aux Canaries sur l’immigration

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Depuis plusieurs années, l’Union européenne et ses Etats membres adoptent des politiques en matière d’asile et d’immigration de plus en plus sélectives et répressives. A la base de ces choix se trouvent des concepts tels que "l’immigration choisie", la "répartition inégale du fardeau" ou encore les "faux réfugiés" qui justifient de fait la dégradation organisée des conditions d’accueil des migrants. Alors que des pays, comme l’Espagne par exemple, reconnaissent que l’immigration a joué un rôle majeur dans leur développement économique, comme ce fût le cas d’ailleurs en France et dans d’autres pays de l’UE, une vision négative de l’immigration continue à s’imposer dans les discours et dans les pratiques : Il est ainsi communément admis aujourd’hui que l’immigration en tant que tel est un "problème" dont il faut se prémunir.

Ainsi s’est mise en place en Europe une logique de fermeture des frontières, afin d’empêcher l’accès à son territoire des migrants, dénoncée sous le nom "d’Europe forteresse". Aujourd’hui nous sommes entrés dans une nouvelle phase : Au-delà de la fermeture de ses frontières, l’Europe cherche aujourd’hui, par diverses méthodes, à empêcher, au mépris du droit international, les migrants de quitter leur pays d’origine. L’année passée, stratégie "défensive", l’Europe finançait des barrières autour de Ceuta et Melilla pour empêcher les personnes de passer. Aujourd’hui, stratégie "offensive", des patrouilles européennes, dans le cadre de l’opération Hera II, surveillent, dans les eaux territoriales des pays africains, les départs de bateaux de migrants pour les intercepter et les ramener en Afrique.

Un autre moyen employé par l’UE et ses Etats membres pour fixer les éventuels migrants dans leur pays d’origine ou, à défaut, dans les pays qui se trouvent à la lisière de l’Europe, est la conclusion d’accords de réadmission tels l’Italie avec la Libye ou l’Espagne avec le Sénégal. L’Union européenne elle-même est aujourd’hui en négociation avec le Maroc et l’Algérie pour conclure un accord de réadmission de nouvelle génération dans la mesure où il ne s’agirait plus pour le Maroc de réadmettre uniquement ses propres ressortissants mais également tous les migrants ayant transité par le Maroc avant de rejoindre clandestinement le territoire de l’Union européenne. Au cas où certains réussiraient à passer à travers les mailles du filet que tend l’Europe autour des pays d’émigration, ces accords de réadmission de "nouvelle génération" permettraient d’expulser le plus rapidement possible vers des pays proches de l’Europe les migrants, quelque soit leur nationalité ou leur parcours personnel, sans aucune garantie que ces personnes soient traitées dignement et qu’elles ne soient pas refoulées. La négociation de ces accords est aussi une puissante incitation pour les pays tiers à développer le contrôle répressif de leurs frontières au détriment du respect des droits de l’Homme.

Les conditions dans lesquelles les migrants sont accueillis en Europe sont quant à elles déplorables. Leur enfermement est ainsi devenu, comme l’ont montré les délégations de parlementaires européens sur l’île de Malte, celle de Lampedusa en Italie, ou la zone d’attente de Roissy, le mode de gestion ordinaire des « flux migratoires » ; un enfermement qui plus est dans des conditions généralement indignes où les migrants sont entassés dans des camps de fortune, gérés parfois par les militaires et victimes, comme à Lampedusa et à Malte, de violences de la part des forces de l’ordre.

Les migrants, qui fuient des pays où règnent la misère et la pauvreté, la mauvaise gouvernance et la corruption, la guerre ou encore la désertification des terres, chercheront toujours à vivre mieux. La grande majorité d’entre eux cherchent meilleure fortune prés de leur région, d’autres moins nombreux tentent de rejoindre le continent européen. L’année passée, c’est par les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, situés dans le Nord du Maroc, que beaucoup de migrants tentaient de rejoindre le territoire européen. Mais, après les graves événements de l’Automne 2005, durant lesquels une vingtaine de migrants ont trouvé la mort alors qu’ils tentaient de passer la frontière, des barrières de 6 mètres de hauteur ont été construites et des postes de contrôle rapprochés ont été installées, rendant ce passage impossible. De nouvelles routes encore plus périlleuses sont maintenant empruntées ; D’après une évaluation de Médecins du Monde à partir des témoignages recueillis auprès des migrants, 3000 personnes auraient disparues, noyées lors des traversées vers les îles Canaries en 2006. Et combien d’autres dans le désert libyen ou le golfe d’Aden ou la méditerranée ?

Les Etats européens, même si cela heurte la prétention des décideurs, ont très peu de pouvoir pour déterminer qui et combien de migrants entrent sur le territoire de l’Union. Par contre l’Europe a toutes capacités à choisir les conditions de voyage et d’accueil des migrants, leur statut, les droits des résidents, l’effectivité de la protection internationale. Elle a toutes responsabilités pour enrayer les changements climatiques qui affecteront de plus en plus les conditions de survie des populations, les échanges commerciaux inégaux qui appauvrissent l’Afrique, réprimer la pêche clandestine ou prédatrice qui prive les autochtones de ressources, supprimer les soutiens à l’exportation des produits agricoles, soutenir les mouvements démocratiques qui luttent contre les violations des droits fondamentaux et les dirigeants corrompus !

L’afflux spectaculaire de migrants vers les îles Canaries en 2006 est donc le résultat de ces choix politiques, de l’orientation répressive des politiques européennes d’asile et d’immigration et de la dégradation généralisée des conditions d’accès et d’accueil des migrants sur le territoire européen, dont le but est désormais d’enfermer les migrants dans leur propre pays.

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Rapport de mission aux Canaries