Débat sur la politique migratoire de l’UE

La protection des migrants et demandeurs d’asile doit être au coeur des discussion de la conférence de Rabat

- Lundi et mardi prochains se tient à Rabat la conférence ministérielle euro-africaine sur la migration et le développement, conférence initiée par le Maroc, la France et l’Espagne suite aux évènements tragiques de Ceuta et Melilla.

- Alors que les drames humains se succèdent (3000 personnes seraient mortes les 7 derniers mois en tentant de joindre les îles canaries, selon certains rapports), les discussions se focalisent, non pas sur le devoir de protéger les personnes mais, une fois de plus, sur le contrôle, la fermeture voire la militarisation des frontières. Pourtant, et tous les rapports en attestent, la majeure partie des déplacements de populations se font vers les pays du Sud et non pas du Nord ; et le nombre de demandes d’asile a été diminué de moitié ces 15 dernières années.

- L’Union et les Etats membres conditionnent de plus en plus l’aide au développement. Pas plus tard que la semaine dernière un journal sénégalais titrait "l’Union ferme nos frontières". Cette stratégie met doublement en danger la vie des personnes : celles dont la seule chance de survie est de quitter leur pays et celles qui sont obligées de prendre de plus en plus de risques pour entrer en Europe. La liberté de circulation, plus particulièrement celle de quitter son pays, est pourtant consacrée par les normes internationales.

- L’absurdité de cette politique apparaît au grand jour lorsque l’on sait que les revenus envoyés par les travailleurs migrants vers leur pays d’origine équivalent au double de l’aide publique au développement.

- Plutôt que de garantir le respect des droits fondamentaux des migrants et demandeurs d’asile, notamment le droit d’accès aux procédures d’asile, le principe de non refoulement ou encore le droit à une vie privée et familiale, l’Union multiplie les stratégies visant à transférer cette responsabilité vers les Etats tiers.

- Pire, les Etats n’hésitent pas à violer leurs propres obligations, par exemple en renvoyant dans le cadre d’accords de réadmission, des personnes vers des pays où leur sécurité n’est pas assurée. Le projet de création de zones dites de protection régionale, dans des pays comme la Biélorussie, contribue également à cette logique.

- Enfin, les Etats européens participent activement à la banalisation de la politique d’enfermement des migrants et demandeurs d’asile, allant jusqu’à financer des centres fermés dans des pays tiers tel que la Libye ou la Mauritanie.

- L’Union européenne doit d’urgence revoir sa politique et se mettre à l’écoute de la société civile subsaharienne, d’Afrique du Nord et européenne. Un grand nombre d’entre elles était réuni à Rabat la semaine dernière et a adopté des recommandations qui mériteraient d’être prises en considération.

Strasbourg, 05/07/06